Ces réflexions firent tant d'impression sur le pauvre Pierrot qu'il pâlit, maigrit, devint malade de langueur, et n'offrit bientôt plus que l'ombre de lui-même.

La fée Aurore s'en aperçut: c'était, comme nous l'avons dit, la plus charitable personne qui ait jamais été au ciel ou sur la terre. Elle ne donnait de conseil que lorsqu'elle était priée de le faire, et toujours avant l'événement. «Quand le mal est fait, disait-elle, il faut le réparer, et surtout ne pas jeter au nez du malheureux l'éternel refrain des pédants: Je vous l'avais bien dit

—Pierrot, dit-elle, tu as besoin de distraction; il faut voyager.

—Chère marraine, dit d'un ton dolent le pauvre Pierrot, puis-je laisser le devoir de ma charge et les affaires publiques dont le roi Vantripan m'a confié le soin?

—Pierrot, dit la fée, tu n'es pas sincère. Tu ne te soucies pas beaucoup des devoirs de ta charge; et quant aux affaires publiques, crois-moi, elles ne vont jamais mieux que lorsque personne ne s'en occupe. Je sais ce qui te retient ici. Tu aimes Bandoline, et elle se moque de toi.

—Hélas! oui, s'écria le malheureux Pierrot, elle me méprise parce que je n'ai plus qu'une oreille. Elle oublie, la perfide, que j'ai perdu l'autre à son service.

—Ami Pierrot, dit la sage fée, l'aimerais-tu encore si elle n'avait que la moitié d'un nez et qu'elle eût perdu l'autre moitié par quelque accident?

—Ce n'est pas possible, répondit Pierrot, elle a le plus joli nez du monde, après le vôtre, chère marraine. C'est un nez dont la courbe aquiline....

—Je ne t'en demande pas la description, dit la fée.

Encore une fois, l'aimerais-tu si elle perdait la moitié de ce nez charmant?