—Je... le... crois... dit Pierrot hésitant.

—Tu le crois? tu n'en es pas sûr. Eh bien, je suis, moi, sûre du contraire. Tu n'en pourrais pas supporter la vue. Pourquoi veux-tu qu'elle soit plus philosophe que toi, et qu'elle prenne plus aisément son parti de te voir essorillé? Les hommes se vantent d'être plus forts, plus fermes, plus sensés, plus raisonnables que les femmes; et, dans la pratique, ils exigent d'elles mille fois plus de force, de fermeté, de sens et de raison.

—Comment peut-elle oublier, dit Pierrot, le service que je lui ai rendu, et le danger que j'ai couru pour elle?

—C'est une autre affaire, dit la fée. Mais l'amour n'est-il autre chose que de la reconnaissance, ou bien est-ce une chose qui vient et qui s'en va sans qu'on sache pourquoi?

—Je suis trop ignorant pour raisonner sur ce sujet, dit Pierrot; tout ce que je sais, c'est que je l'aime et qu'elle me méprise.

—Pierrot, dit la fée, je te quitte; tu n'es pas d'humeur à entendre raison ni à causer métaphysique. Adieu donc, quand tu auras besoin de moi, tu sais que tu peux compter sur ta marraine.

Le lendemain, Pierrot fut appelé secrètement chez le prince Horribilis. Il s'y rendit sur-le-champ, tout étonné d'une telle faveur, car le prince royal ne l'y avait pas accoutumé.

Horribilis le reçut d'une manière si aimable que Pierrot crut s'être mépris sur son caractère.

—Je l'ai calomnié, se dit-il, quand je le croyais méchant et stupide. Ce sont ces gredins de courtisans qui lui attribuent toutes sortes de vices. Il n'est pas brave, je l'avoue, et c'est très-malheureux pour un prince, mais d'autres se chargeront d'être braves pour lui; et, qui sait? ce sera peut-être, malgré sa poltronnerie, un très-grand prince et un admirable conquérant.

Après les premiers compliments, Horribilis lui dit: