—Mon cher Pierrot, vous avez pu remarquer que j'ai toujours été votre ami, et je veux contribuer à votre fortune.

—Hum! hum! pensa Pierrot, si nous sommes amis, c'est de fraîche date. (Haut.) Seigneur, comment pourrai-je reconnaître tant de faveur?...

—En m'écoutant, interrompit le prince. Vous n'êtes pas riche, mon ami?

—Va-t-il me faire l'aumône? dit Pierrot dont la fierté commençait à s'indigner. (Haut.) Seigneur, les bienfaits de votre père ont comblé mes espérances.

—Je sais... je sais... mais, entre nous, si un caprice de mon père (car il est capricieux, mon respectable père le grand Vantripan!) vous privait aujourd'hui de toutes vos dignités, demain vous seriez aussi pauvre que le jour de votre arrivée à la cour.

—Seigneur, dit Pierrot, il me resterait l'honneur; avec ce bien un homme n'est jamais pauvre. Je ne suis pas né sujet de votre auguste père, et je puis offrir mes services à un roi qui les appréciera mieux.

—Et voilà justement ce que je veux éviter, s'écria Horribilis. Pierrot, le sauveur de la Chine, le vainqueur de l'invincible Pantafilando, le soutien de la dynastie des Vantripan, irait seul et sans secours, comme défunt Bélisaire, offrir de porte en porte et de pays en pays son courage à un de nos ennemis! La Chine se déshonorerait par cette ingratitude! Non, Pierrot, je ne le souffrirai pas.

Et se levant avec enthousiasme, il serra le grand connétable dans ses bras.

—Mais comment l'éviter? dit Pierrot.

—Ah! voilà! Je suis riche, moi, et je suis ton ami. Entre amis, tout est commun. Je veux te mettre pour toujours à l'abri des caprices de mon père. Tu connais ma terre de Li-chi-ki-ri-bi-ni.