—Votre terre de Lirichiki! dit Pierrot qui ne pouvait pas s'habituer aux noms chinois.
—De Li-chi-ki-ri-bi-ni, reprit Horribilis, celle qui a vingt lieues de tour, et qui est toute fermée de hautes murailles entre lesquelles courent des milliers de tigres, de lions, de sangliers, de cerfs et de chevreuils. C'est le plus beau domaine de la Chine. Je te la donne.
—Vous me la donnez? s'écria Pierrot frémissant de joie à la pensée des belles chasses qu'il y pourrait faire. Ce n'est pas possible, seigneur, et votre générosité...
—Que parles-tu de générosité? Ne te dois-je pas tout, et pourrai-je jamais m'acquitter envers toi? n'as-tu pas sauvé ma race et mon trône?
—C'est-à-dire, reprit Pierrot, le trône de votre auguste père, qui doit un jour vous appartenir.
—Nous ne nous entendons pas, à ce qu'il paraît, ami Pierrot.
—Je le crains, pensa le grand connétable subitement refroidi.
—Je te laisse toutes les charges que mon père t'a données; j'y ajoute le don de ma terre de Li-chi-ki-ri-bi-ni, et je fais de toi mon bras droit et mon premier ministre; mais à une condition: c'est que tu me prêteras ton aide pour devenir roi et détrôner Vantripan.
—Détrôner Vantripan, mon bienfaiteur! s'écria Pierrot.
—Il veut se faire payer plus cher, pensa Horribilis. C'est étonnant, l'ambition de ces gens de peu. Écoute, ajouta-t-il, est-ce trop peu du don de ma terre et veux-tu que j'y joigne le royaume du Tibet et la main de ma soeur Bandoline?