Cette dernière offre fit palpiter le coeur de Pierrot. Roi du Tibet! la belle Bandoline! quelle tentation pour le fils d'un meunier et pour l'amoureux Pierrot! Il n'hésita pas cependant.

—Monseigneur, dit-il, vous me connaissez mal. Je reçois, comme je le dois, l'honneur que vous me faites. Certes, s'il ne fallait que se jeter dans les flammes pour obtenir de vous cette adorable princesse, je m'y précipiterais sur-le-champ; mais il s'agit d'une trahison....

—D'une trahison! s'écria Horribilis, pour qui me prends-tu, grand connétable? Suis-je un traître, moi?

—Monseigneur, dit Pierrot, j'ai mal compris, sans doute. Souffrez que je me retire.

—Non, par le ciel! Tu ne sortiras pas ainsi, emportant mon secret. Reste, Pierrot, et combats avec moi ou tu es mort. Je ne me laisserai pas dénoncer à mon père.

—Seigneur, dit Pierrot d'un ton ferme, certaines actions sont faites pour de certaines gens. Quant à moi, je ne sais ni trahir ni dénoncer.

Et il fit un pas vers la porte.

—Pierrot! s'écria Horribilis transporté de colère, il faut me suivre ou mourir!

—Monseigneur, dit Pierrot, je ne vous suivrai ni ne mourrai.

Et, tirant son sabre, il marcha vers la porte. Au même moment, le prince frappa trois fois dans ses mains et le capitaine des gardes parut.