—Sire, dit la reine, vous n'y songez pas: savez-vous seulement si celui que vous voulez prendre pour gendre est prince ou fils de prince?

—Qu'il ait pour père qui il voudra, dit Vantripan, je m'en... moque. Est-ce que Bandoline va épouser son père?

—Et si votre fille le refuse, dit la reine, qui n'aimait pas Pierrot, et qui était bien aise de trouver une excuse si légitime.

—Si ma fille n'en veut pas, ma fille est une sotte, cria Vantripan.

—Majesté, lui demanda Pierrot, je demande la permission de consulter la princesse.

Bandoline était présente et se taisait pour la première fois de sa vie. En effet, cela méritait réflexion.

—Sire, dit-elle enfin, tous les désirs de mon père sont des lois sacrées pour moi, mais....

—Bon, dit Vantripan, voilà le mais éternel de toutes ces belles capricieuses.

Marion pleure, Marion crie,
Marion veut qu'on la marie.

Vient le mari, Marion n'en veut pas: il est trop vieux, ou trop jeune, ou trop beau, ou trop laid, ou trop sage, ou trop débauché, ou trop avare, ou trop pauvre. Sait-on jamais ce qui se passe dans ces têtes de filles, dans ces pendules détraquées? Voyons, parle franchement, que peux-tu reprocher à Pierrot? N'es-t-il pas brave? n'est-il pas jeune? n'est-il pas plein d'esprit? n'a-t-il pas sauvé à toi la vie et l'honneur, à nous le trône? Que veux-tu de plus?