—Sire, dit Bandoline, tout cela est vrai; mais il n'a qu'une oreille.
—Eh bien, au service de qui a-t-il perdu l'autre? dit Vantripan.
—Au mien, je le sais bien; mais cela n'empêche pas qu'il ne lui reste qu'une oreille, et qu'une oreille dépareillée n'est pas belle à voir.
—Sérénissime Altesse, dit modestement Pierrot, j'ai prévu cette objection, et j'ai remis mon oreille à sa place légitime. Daignez vous en assurer vous-même. Tirez, ne craignez rien, c'est bon teint. Bien; maintenant, Altesse, daignez tirer l'autre.
La princesse tira si fort que Pierrot poussa un cri.
—Voilà, dit-elle, un grand prodige. Il a raison. Ses deux oreilles sont vivantes; mais je ne comprends pas comment une blessure si grave a été guérie si vite. Il faut qu'il y ait là-dessous quelque magie, et je ne veux pas épouser un magicien.
—Ta, ta, ta, voilà bien une autre histoire, s'écria Vantripan qui craignait que Pierrot ne vînt à se fâcher; mais il se trompait.
Pierrot, qui avait mis le genou en terre devant la princesse, se leva avec un grand sang-froid et lui dit:
—Altesse Sérénissime, vous n'aurez pas le chagrin d'épouser un magicien; mais je vous prédis, moi, sans être un grand prophète, que vous épouserez un chien coiffé. Sire, ajouta-t-il en se tournant du côté de Vantripan, daignez me permettre de m'absenter pour quelque temps. Il est convenable qu'un homme que vous honorez de votre confiance fasse une tournée sur les frontières de l'empire pour veiller à la bonne administration de l'État, et empêcher l'invasion des Tartares du grand Kabardantès, frère cadet de Pantafilando.
—Grand Dieu! s'écria Vantripan, sont-ils si près de nous?