—Est-ce ainsi que tu remplis ta promesse? lui dit-elle tout bas. Dès le premier accident, te voilà hors de toi-même. Souviens-toi donc que tu n'es qu'un pauvre pèlerin, et non un grand seigneur.

A ces mots, Pierrot jeta le bâton et se croisa les bras en regardant les domestiques du mandarin avec des yeux qui firent reculer les plus hardis.

—Tu vas voir comment la justice se rend en ce pays, lui dit la fée.

Le tumulte et les cris avaient ameuté une foule nombreuse. Au fond, tout le monde était charmé de l'action de Pierrot, mais personne n'osait l'approuver tout haut, par crainte de la bastonnade.

Le mandarin descendit de son palanquin. C'était un gros homme, fort rouge et marqué de la petite vérole, qui était redouté de tous à cause de sa puissance et de sa méchanceté. Il était chef du tribunal suprême de la province, et, en cette qualité, rendait des jugements sans appel.

—Qu'est-ce? dit-il en s'avançant d'un air assorti à sa dignité. Quel est le coquin qui a osé frapper un de mes domestiques?

—Ce coquin, dit fièrement Pierrot, c'est moi. Il m'a frappé le premier, et j'ai fait ce que chacun en pareil cas devrait faire.

—Ah! c'est toi, dit le mandarin. Qu'on me saisisse ce drôle et qu'on le fasse mourir sous le bâton pour son insolence.

—Un moment! dit Pierrot. Est-ce pour avoir eu l'insolence de vous répondre, ou pour avoir rendu des coups de bâton à votre domestique que vous me condamnez?

—Je crois, dit le mandarin, que cette espèce ose m'interroger! Qu'on le saisisse!