—Ayez la bonté de me suivre, dit le douanier.
—Où?
—En prison.
Sur ce mot, le receveur des douanes sortit de son bureau. C'était un beau jeune homme, bien frisé et pommadé, qui avait un lorgnon sur l'oeil, et qui regarda Pierrot du haut de ce lorgnon, comme un animal très-curieux.
—Monsieur, dit Pierrot, j'ai par mégarde, étant pauvre, acheté un manteau de laine, faute de pouvoir porter un manteau de velours et de soie, et votre douanier veut m'envoyer en prison.
—Que voulez-vous, mon bon? dit négligemment le receveur, c'est la loi.
—C'est la loi à Nankin, dit Pierrot, mais non dans le reste de la Chine, et je ne suis pas citoyen de Nankin.
—Allez en prison, mon ami, allez, dit le beau receveur d'un air de protection. J'entendrai votre affaire un autre jour. Quelques amis m'attendent en ville et veulent faire un déjeuner de garçons.
—Monsieur, dit Pierrot, dont la bile s'échauffait, ne me laissez pas aller en prison. Peut-être les cris d'un malheureux qu'on enferme troubleraient votre digestion.
—Rassurez-vous, mon bon, ces choses-là sont si communes que j'y suis tout à fait habitué.