Horribilis, ne perdant pas de vue ce qu'il avait à dire, ramena bientôt la conversation sur Pierrot. Après avoir fait de lui pendant quelques minutes un éloge perfide, il ajouta:

—Au reste, il est bien récompensé de sa justice, car on m'écrit que partout on lui fait un accueil royal; que le peuple se presse autour de lui, et a voulu, ces jours derniers, le proclamer roi.

—En vérité! dit Vantripan effrayé.

—Oh! rassurez-vous, mon père, il a refusé le trône.

—Tu vois bien que c'est un sujet fidèle et mon meilleur ami!

—Vous avez raison, sire; mais qui a refusé une première fois acceptera peut-être un jour, et ce retard calculé à se rendre à vos ordres pourrait bien être un moyen de continuer ses intrigues dans les provinces, et de s'y faire un parti puissant avant de recourir à la force.

Jusque-là Pierrot était calme, mais il ne put tenir au désir de confondre le calomniateur; et s'élançant du jardin, au moyen des saillies du mur, dans la salle à manger, il se trouva en face d'Horribilis qui pâlit à cette vue.

—Sire, dit gravement Pierrot, j'ai appris qu'on se plaint de mes retards. En trois heures, pour vous obéir, j'ai fait deux cents lieues à cheval. Faut-il autre chose pour vous prouver mon zèle?

—Non, ami Pierrot, lui cria le gros Vantripan, je suis content, parfaitement content de toi.

—Je sais, ajouta Pierrot, qu'on dit que j'abuse de mon pouvoir. Je n'en abuserai plus désormais. Je le dépose entre les mains de Votre Majesté, avec ce sabre dont elle m'a fait présent. Qu'on le remette à un homme plus digne que moi d'un pareil honneur.