Et, dégrafant son sabre, il le présenta au roi par la poignée.

—Tu te trompes, ami Pierrot, je ne crois rien de ces calomnies.

—Calomnies, mon père? demanda fièrement Horribilis.

—Oui, calomnies, Horribilis. Retire-toi d'ici, héritier présomptif, tu m'agaces les nerfs. C'est toi qui cherches toujours à me brouiller avec mon vrai, mon seul ami. Va-t'en à cent lieues d'ici, et que je n'entende plus parler de toi.

—Non, sire, dit fièrement Pierrot, Votre Majesté ne doit pas envoyer son fils en exil. Il n'est pas convenable que je sois cause d'une querelle de famille. Ce serait bien mal vous rendre les bienfaits que j'ai reçus de vous.

—Pierrot, dit Vantripan, tu ne sais ce que tu dis. C'est le pire ennemi que tu aies dans cette cour. Il te fera tant de méchancetés que tu seras forcé de me quitter; et que ferai-je sans toi?

—Il n'importe, sire, je pars si vous l'exilez.

—Que ta volonté soit faite, dit Vantripan; mais parlons d'autre chose et reprends ce sabre de commandement. Tu vas rassembler l'armée et marcher aux frontières.

—Quand partirai-je? dit Pierrot.

—Demain à midi. Avant ton départ, je te donnerai mes dernières instructions. Va te reposer.