—Pierrot, dit-il enfin, es-tu mon ami?

—Oh! sire, pouvez-vous douter de mon dévouement?

—Eh bien! donne-m'en une preuve sur-le-champ.

—Je suis prêt, dit Pierrot. Que faut-il faire?

—Veux-tu partager le commandement de l'armée avec Horribilis?

Pierrot se mit à rire.

—Sire, dit-il, la nuit a porté conseil, à ce que je vois. Pourquoi voulez-vous partager entre nous un commandement que vous pouvez lui donner tout entier.

—Mon ami, dit le roi, je désire qu'Horribilis fasse ses premières armes sous ta direction; mais comme il n'est pas convenable qu'un prince de sang royal obéisse à un simple sujet....

—Sire, dit Pierrot, vous vous trompez, je ne suis pas un sujet: je suis venu me mettre à votre service, vous m'avez accepté, vous pouviez me refuser; s'il vous plaît aujourd'hui de m'ôter mon commandement, reprenez-le, sire. Aussi bien Votre Majesté est sujette à revenir si souvent sur ses résolutions, que je ne puis guère compter sur la continuation de votre faveur. J'aime mieux partir de plein gré aujourd'hui qu'être renvoyé plus tard.

—Bon! dit Vantripan, le voilà qui se fâche. Hélas! pourquoi ne puis-je accorder tout le monde et te faire vivre en bonne intelligence avec ma femme et mon fils!