La jeune demoiselle lui tendit la main. Il la lui baisa et vint me rejoindre à dix pas de là.
J'entendis quelques mots qui furent comme les dernières fusées d'un feu d'artifice qui s'éteint.
—Tu ne l'as pas souffleté quand il a osé te dire une pareille insolence? s'écriait la belle Rosine.
—Mais, ma bonne amie, répliquait Forestier, j'aurais bien voulu te voir à ma place! Vous autres femmes, vous ne parlez que de donner des soufflets. On voit bien que vous n'en craignez pas les conséquences. Après tout, souffleter Michel parce qu'il veut épouser Hyacinthe—ce qui était légitime et permis, hier au soir,—c'est peut-être un peu vif... On y regarde à deux fois.
—Oh lâche! lâche!! lâche!! s'écria Rosine. Ah! si j'étais homme!
—Maman! dit la belle Hyacinthe d'un ton conciliant, tu n'y songes pas!... Si l'on venait à t'entendre.
—C'est pour le coup, conclut le député, que mon élection, qui déjà branle dans le manche, serait joliment fichue à l'eau.
Au même instant le président Vire-à-Temps et son fils vinrent les rejoindre. Aussitôt madame Forestier fit avec ses lèvres «petite pomme», et de sa voix «petite flûte», réservée aux gens de distinction, s'écria:
—Comment, c'est vous, monsieur le président?
—C'est vous, belle dame! répliqua le justiciard d'un air d'étonnement, de galanterie et d'admiration. On aurait cru qu'il venait d'apercevoir la Vénus de Milo avec deux bras.