«C'est ce que j'allais vous expliquer... Qui êtes-vous, ô mes amis? Toi, tu es épicier; toi, ferblantier; toi, cafetier; toi, boucher; toi, clerc d'avoué; toi, horloger; toi, jardinier; toi, professeur de belles-lettres; toi, marchand de calicot; toi, marchand de chevaux; toi enfin, tu es propriétaire et rentier et tu fumes ta pipe tout le long du jour au bord de la rivière, ce qui fait prospérer le commerce du tabac et engraisser la régie... Tous enfin, vous êtes utiles à l'État, quoique de différentes manières...»
Je m'arrêtai un instant pour reprendre haleine, car la période était longue, puis je continuai:
«... Oui, c'est vous qui faites la richesse, la force, la puissance, l'éclat, la gloire et la prospérité de la nation française. Est-il quelqu'un qui oserait le contester?...»
De toutes parts on cria:
—Personne!
«... Eh bien! mes chers concitoyens et mes amis, vous à qui la France doit tout, qu'êtes-vous en France?... Rien. On verse votre sang dans les batailles et votre or dans les coffres de l'État, mais quant à vous consulter dans vos propres affaires, l'a-t-on jamais fait?...»
—Jamais! jamais!
«... Est-il un seul de vous qui soit président de la République?».
—Non! cria l'Assemblée.
«Ou ministre du président?»