—Voyons, dit-il, mon cher ami, ne nous fâchons pas pour si peu de chose. J'oubliai que vous étiez républicain. Je dirai, si vous voulez, que votre République est propre et brillante comme un sou neuf.

—Ça ne suffit pas, répliqua Michel.

—Soit! je le penserai.. Tenez, je le pense déjà! dit le gros Francis, qui croyait à une plaisanterie assez désagréable, mais qui voulait avant tout éviter une querelle.

Michel, voyant que cette inaltérable bonhomie ne lui laissait aucune prise, continua, mais en s'adressant à moi:

—N'est-ce pas honteux que tous ces gens-là,—le père et les trois fils,—vivent du budget de la République et osent encore l'appeler sale?... Mais c'est eux qui la salissent! c'est eux qu'il faudrait balayer!

Cette fois, le doute n'était plus possible. Le gros Francis vit bien que son adversaire cherchait une querelle sérieuse. Il regarda autour de lui comme pour chercher un appui; les joueurs de billard se rapprochèrent tenant leur queue à la main pour mieux entendre; deux ou trois habitués se levèrent, mais tout le monde paraissait indifférent ou plutôt favorable à Michel qui s'écria les yeux étincelants:

—A-t-on jamais vu chose pareille?

Puis, désignant de la main le pauvre Francis.

—Ça ose dire du mal de la République!

—Oh! s'écria le chœur avec indignation.