Alors, d'une voix nette et claire, elle répondit:

—Non, monsieur le maire. Mon mari sera M. Michel Bernard ici présent. Je n'en aurai jamais d'autre.

A ces mots, Michel, transporté de joie, se leva et s'écria:

—Et moi, Hyacinthe, je jure de vous aimer éternellement.

Ce fut un coup de théâtre si imprévu que les parents d'Hyacinthe n'eurent pas le temps de s'y opposer.

Le gros Francis demeura consterné. Le vieux Vire-à-Temps parut très vexé. Le sous-préfet, frère aîné de Francis, leva les épaules comme pour dire: C'est une fantaisie de petite fille, cela passera. La femme du sous-préfet se mit à rire sans autre raison que de montrer ses dents blanches qui étaient fort bien rangées.

Quant aux amis et aux électeurs convoqués des quatre coins de l'arrondissement, leur stupéfaction était inexprimable, et je dois ajouter aussi leur tristesse.

Comment! on les avait fait venir de deux, trois, quatre, dix lieues pour assister à une noce, s'en fourrer jusque-là, voir leur député, leur sous-préfet, leur président, expliquer, recommander leurs affaires à ces gros bonnets, et tout d'un coup, patatras!... plus ce mariage!

Mais alors, plus de dîner, plus rien! Car enfin on ne peut pas décemment aller boire et manger chez des gens qui sont occupés à s'arracher les cheveux en famille. Non, en vérité, cela ne se fait pas! Que le diable emporte le caprice de cette petite Hyacinthe!... Voilà ce qui se lisait sur toutes les figures.

Franchement, ce n'était pas gai. Quant à la famille Vire-à-Temps, tous ses projets d'avenir étaient à vau-l'eau.