Je répondis gravement:
—Il est trop tard, monsieur Forestier, oui, trop tard. Nous avons choisi Michel, qui est jeune, qui nous plaît, qui parle bien, qui ne nous abandonnera pas, qui votera toujours pour la République, et—ici je parlai plus lentement pour avertir mon interlocuteur de faire attention,—à moins que Michel lui-même ne renonce à sa candidature...
Les yeux du bonhomme brillèrent d'une idée soudaine. On eût dit un bec de gaz allumé tout à coup dans un cabinet obscur. Il s'écria tout ému:
—Mais s'il y renonçait?
Alors voyant que le goujon mordait, pour le ferrer plus fortement je dis:
—Je le connais! Michel n'y renoncera pas. Il est ambitieux, il est orateur, il a devant lui un long avenir; ma foi, il serait bien sot d'y renoncer, ayant d'ailleurs toutes les chances possibles, car les comités secrets s'organisent de toutes parts et ont reçu des instructions de Paris...
M. Forestier pâlit à cette nouvelle. Cependant il essaya de faire bonne contenance.
—J'ai pour moi, dit-il, tout ce qu'il y a de mieux, de plus riche et de plus influent dans le pays... M. le président Vire-à-Temps d'abord, qui dispose à lui seul de trois mille voix...
A ces mots j'éclatai de rire.
—Vous ne savez donc pas la nouvelle?