Il parut très étonné:

—Comment Michel se présente?... Pas possible!

—Lisez sur les murs l'annonce de sa conférence.

M. Forestier leva les épaules.

—Michel n'a pas de chances, dit-il. Michel est trop jeune. Michel n'a pas fait ses preuves. Michel n'a pas une nombreuse clientèle et l'appui du gouvernement, de la magistrature et du clergé que j'ai, moi. Michel n'a pas la possession d'état. Il n'est pas député de Creux-de-Pile depuis vingt ans. Enfin Michel est trop exalté. Il aura contre lui tout ce qui pense bien, tout ce qui est riche, tout ce qui veut vivre paisible et honoré... Allons donc, Michel n'aura pas cinq cents voix!

Cette fois le bonhomme parlait avec chaleur et ne cachait plus sa pensée ou plutôt son âpre désir de rester député à tout prix.

Voyant cela, je répliquai négligemment que le suffrage universel était chose journalière comme le vent et la pluie; qu'on avait été très mécontent à Creux-de-Pile que le député n'eût pas voté dans la séance fameuse où 363 héros avaient affirmé la République...

M. Forestier parut troublé.

—Eh! dit-il en m'interrompant, est-ce que je savais tout ça, moi? Est-ce que je pouvais deviner la pensée de mes électeurs? Si j'avais su à quel parti ils voulaient me voir passer, est-ce que je n'aurais pas tout fait pour les contenter? Qu'est-ce que ça me fait à moi, au fond,—entre quat'z-yeux, je peux bien vous le dire, Trapoiseau,—qu'est-ce que ça me fait de voter à droite ou à gauche?.. Encore à présent ils n'ont qu'à parler, mes électeurs! je dirai, je ferai tout ce qu'ils voudront, pourvu qu'ils me réélisent!...

Le pauvre homme perdait la tête et me parlait comme à sa conscience.