—Achète-la.
—Avec quoi, maman?
—Avec ce que tu vas voir, Félix!
Et alors elle tira du fond de son armoire, où je n'avais jamais cherché, des titres de rentes et des actions de chemins de fer pour plus de deux cent mille francs.
Comme je la regardais avec étonnement, elle me dit:
—Félix, voilà trente ans que je travaille à te faire riche; si je te l'avais dit quand tu étais petit, tu te serais mis à flâner, comme tant de fils de bourgeois qui ne savent rien faire de leurs dix doigts. Tu t'es cru pauvre, tu as travaillé, tu es un homme maintenant. Voilà. Tout est à toi! Achète l'étude de ton patron. Mon mari était huissier, mais mon fils sera notaire, et qui sait? Peut-être un jour président de la République!
Alors je l'embrassai tendrement, j'achetai l'étude, j'étonnai maître Bouchardy, qui ne me croyait pas si riche, je demandai Angéline en mariage et je l'obtins; Michel et la belle Hyacinthe vinrent à la noce avec le papa Forestier, que nous avions fait réélire et que nous fîmes ensuite nommer sénateur, après la mort de son cousin. Michel a remplacé son beau-père à la Chambre des députés. Quant à moi, je suis conseiller municipal depuis deux ans, père depuis dix-huit mois et maire de Creux-de-Pile depuis six mois.
Que Dieu vous garde, mes frères!
FIN
TABLE