En effet, dès le soir même tout fut arrangé. Il rentra dans la maison Forestier.

Il fit, le samedi suivant, en faveur de son futur beau-père, le discours qu'il s'était engagé à faire contre lui au café de la Perle, et cela fut trouvé «très fort,» au dire de mon ami Néanmoins.

Un hasard heureux empêcha la vieille Rosine d'y mettre obstacle. La nuit précédente, cette femme poétique, rêvant à sa fenêtre pendant qu'il pleuvait, avait attrapé une pleurésie, et mourut quelques jours après, laissant peu de regrets.

On lui fit cependant des funérailles très convenables, et la belle Hyacinthe, que tout le monde croyait sans dot, se trouva la plus riche héritière de tout le pays. Il est vrai que Michel se hâta de restituer au pauvre M. Forestier toute sa fortune personnelle, ce qui le rendit plus joyeux qu'un poisson dans l'eau.

Madame Reine Bernard avait voulu susciter quelques difficultés, mais mon oncle, le curé Torlaiguille, homme de bon sens et de bon conseil, lui fit sentir qu'elle ne ferait qu'éloigner de sa maison Michel et ses futurs petits-enfants. D'ailleurs elle était contente, ayant vu mourir son ennemie. Elle rechigna donc, garda la plus grande partie de l'héritage de son mari et accusa son fils d'ingratitude, mais donna son consentement, c'était l'essentiel.

Le gros Francis Vire-à-Temps, un peu démonté par l'affront qu'il avait reçu de la belle Hyacinthe, épousa Berthe aux grands pieds, la fille de M. Patural, «jurisconsulte éminent»; il n'était pas homme, le bon gros receveur, à se chagriner longtemps ni à préférer fortement une femme à une autre. Pourvu que son dîner fût bon et servi tous les jours à la même heure, il était heureux.

Il l'est encore.

Quant à moi,—les siècles futurs voudront-ils croire à mon bonheur?—j'ai épousé ma chère Angéline, voici comment:

Une après-midi, M. Bouchardy, mon patron, homme robuste et bien portant mais un peu gros, eut un soupçon d'apoplexie. Comme il était prudent et sage, il se tint pour averti, voulut régler ses affaires et m'en fit confidence. Il songeait à vendre son étude et voulait la faire afficher dans les journaux de Paris.

Le soir je racontai l'histoire à ma mère, qui du premier mot me dit: