—J'en ai, répondit M. Bouchardy, subjugué par cette impétuosité.
—Moi aussi... Qui est-ce qui fait des difficultés pour ce contrat? ce n'est pas le jeune homme, je pense?
—Michel! Ah! Dieu, non! Il ne demande qu'à conclure, n'importe à quel prix, et qu'à emporter la jeune Hyacinthe au pays où fleurit l'oranger.
—Alors, c'est madame Bernard? Je comprends ça... Elle avait l'argent de son fils et les clefs. Il faut les rendre. C'est dur. Le père en mourant avait laissé la jouissance de la moitié de sa fortune à sa femme, mais seulement jusqu'au mariage de son fils. S'il se marie, il faut y renoncer. C'est 6.000 francs par an, au moins. Demander une dot de 200.000 francs à M. Forestier, père de la future, c'est rompre le mariage, en feignant de soutenir avec trop de zèle les intérêts de Michel. Voilà pourquoi, Bouchardy, vous mettez des bâtons dans les roues. C'est l'ordre de la vieille dame que vous suivez?
M. Bouchardy se mit à rire et répliqua:
—Vous l'avez deviné Saumonet. Madame Bernard ne veut pas remettre à une bru le gouvernement de la maison; elle veut encore moins lâcher la jouissance de 6.000 francs de rente que lui assure le testament de son mari, jusqu'au mariage de son fils, et si elle était forcée de laisser Michel se marier, elle veut lui vendre son consentement le plus cher possible.
—Michel le sait-il?
—Comme vous et moi. Mais, par respect, il feint de ne rien deviner de tous ces calculs. En revanche, il m'a chargé, lui aussi, de ses pleins pouvoirs, et s'il ne tient qu'à lui, tout sera bientôt terminé... A votre tour, maintenant, Saumonet, je vais confesser vos clients, comme vous avez confessé les miens.
—Faites, répliqua l'autre notaire.
—Qu'est-ce que le père Forestier donne pour dot à sa fille? 100.000 francs. Pas davantage.