—Sans doute, dit M. Saumonet, mais il en garde à peine autant pour lui-même.
—Et la fortune de sa femme, qui est de plus de 400.000 francs?
—Madame Forestier fait bourse à part. Elle administre elle-même ses revenus et n'en rend compte à personne. En revanche, elle se fait expliquer jusqu'au moindre centime l'emploi de l'argent de son mari. Elle le tient même si serré que le pauvre homme est obligé, de temps en temps, d'emprunter cinq ou six francs qu'il rembourse comme il peut, en faisant croire à la dame que ce sont des dépenses électorales.
—Donc, Saumonet, la femme ne voulait rien donner et le mari ne pouvant pas donner plus de cent mille francs, le mariage est rompu?
—Je le crains.
M. Bouchardy se mit à siffler en regardant le jardin, l'horizon bleu, d'un air de réflexion profonde:
—Au diable, les femmes poétiques! s'écria-t-il enfin.
—Êtes-vous sûr, répliqua l'autre, que les femmes prosaïques vaillent mieux?
—Et cependant, Seigneur, mon Dieu! il en faut, comme disait saint Augustin.
Cette pensée du plus éloquent et du plus inspiré des Pères de l'Église ramena une douce gaieté sur le visage des deux notaires.