Naturellement, comme elle était blanche, rose, souriante, charmante, je le lui dis avec empressement et j'offris la plus belle rose de mon jardin. Le compliment fut reçu avec modestie; la fleur, avec empressement; elle m'obligea de raconter ma campagne et de dire combien j'avais tué de Prussiens; je racontai mes batailles: je fus écouté avec tant d'attention que des larmes d'admiration, de tristesse et de joie vinrent successivement mouiller les deux plus beaux yeux de France. Le soir, chez madame Forestier, on me fit répéter mon histoire; on compara ma conduite à celle du gros Francis, le fils du président Vire-à-Temps, qui pour ne pas aller à la guerre, quoiqu'il fût fort comme un Turc et haut de cinq pieds huit pouces, avait sollicité le poste d'ordonnance du capitaine de recrutement, et, six semaines après, pour avoir ciré assidûment, mais loin des batailles, les bottes de cet officier, avait obtenu, par intrigues de son père, le poste de receveur des finances.

«—Oh! disait Hyacinthe, n'est-ce pas honteux? Quand on pense qu'on pourrait tomber sur un mari comme celui-là!»

M. Forestier répondait:

«—Ma chère enfant, parmi les maris on prend ce qu'on trouve!»

Et madame Forestier qui est poétique et tendre, ajoutait:

«—M. Francis a eu raison. Il n'a pas voulu affliger sa mère qui serait morte de chagrin, si elle avait pu croire que son fils courrait le danger d'être tué dans la bataille... Hyacinthe, mon enfant, Dieu bénit les enfants qui obéissent à leur mère. Une mère, vois-tu, c'est tout ce qu'il y a de plus sacré sur la terre...

«—Et le père? demandait M. Forestier, en posant son journal sur la table, est-ce que ça compte pour rien?»

A quoi madame Forestier répliqua:

«—Mon ami, je ne te parle pas. Je parle à Hyacinthe.»

Et Michel en me racontant cette première soirée où il avait vu son idole, riait et se réjouissait.