Ce jour-là, comme tous les autres jours, elle balaya le trottoir, amassa lentement des multitudes d'os grands et petits, d'arêtes de poissons, de pelures de pommes, d'oranges et de citrons, et de détritus de toute espèce appartenant aux trois règnes de la nature. Après quoi d'un seul et immense effort, elle poussa le tout sur la voisine Marion qui la regardait faire en silence et n'attendait (comme je l'ai cru depuis) qu'une occasion de commencer le combat.

Au moins, si elle ne l'attendait pas, elle la saisit avec empressement.

—Dis donc, Mihiète, garde donc tes saletés pour toi! Est-ce que je suis faite pour balayer tes épluchures?

A quoi Mihiète, irritée, répliqua d'un air superbe:

—Garde-les ou ne les garde pas, je te les donne!

Et voyez comme les meilleures paroles de ce monde sont souvent mal interprétées! Ce don généreux qui aurait dû faire plaisir à Marion, la fit entrer dans une fureur bleue et fut le commencement d'une catastrophe. Hélas! hélas! qu'il est sage, mais qu'il est rare de mesurer ses paroles!

XII

UN DON GÉNÉREUX (Suite)

Marion, qui se crut bravée, répliqua: