Pitou prit la parole:

«Et toi, qu'est-ce que tu portais?»

L'Arabe le regarda très étonné et répondit:

«Moi?... je ne portais rien.

—Alors tu étais comme l'autre dans la chanson de Malbrouck?

—Malbrouck?... connais pas... Un Roumi peut-être?

—Oui, un seigneur Roumi que ses amis enterrèrent dans le temps. L'un portait son grand casque, l'autre portait son grand sabre; l'autre portait sa cuirasse et l'autre ne portait rien... Va, va toujours... Alors tu suivais Fatma et le bourricot?

—Je ne les suivais pas, dit l'Arabe; je les faisais marcher devant moi.

—Ça, dit Pitou, c'est bien différent... Alors le lion est venu, et il a emporté ta femme et ton bourricot?

—Oh! ma femme seulement, parce que le bourricot a jeté sa charge de bois et s'est sauvé dans la forêt; mais le brigand saura bien l'y retrouver demain. Pauvre bourricot! pauvre bon bourricot! je l'aimais tant!... Je l'avais appelé Ali, du nom du gendre du Prophète!... Ali, mon pauvre Ali, je l'avais acheté cinq douros, et il m'en rapportait deux par semaine!»