L'Arabe pleurait et criait.

Alors je demandai:

«Mais toi, qu'est-ce que tu as dit, quand tu as vu qu'il emportait ta femme?

—Moi!... ce que j'ai dit?... Je suis monté sur le chêne et je lui ai crié à travers tes branches: «Coquin! scélérat! assassin!» Et pendant que j'entendais craquer sous ses dents les os de ma pauvre Fatma, j'ai prié Allah d'accorder à son fidèle serviteur que le brigand fût étranglé par un de ces os bien-aimés... Qu'est-ce que je pouvais lui faire avec mon bâton?

—Ça, dit Pitou, c'est vrai. On fait ce qu'on peut, on ne fait pas ce qu'on veut... Allons, Dumanet, allons-nous-en.»

Mais moi, je n'étais pas pressé. Pendant que l'Arabe parlait, j'avais senti, comme dit l'autre, pousser une idée sous mon képi... Les idées, vous savez, ça ne pousse pas tous les jours; c'est comme le blé, il y a des saisons pour ça. Mais quand elles sont mûres, il faut les cueillir tout de suite. Au bout d'un mois, elles ne valent plus rien.

Je dis donc à l'Arabe:

«Comment t'appelles-tu?

—Ibrahim, de la tribu des Ouled-Ismaïl.