Et alors nous allâmes chercher Ibrahim.
L'Arabe n'était pas loin. Il finissait de déjeuner d'une soupe que les soldats du 7e léger lui avaient donnée cinq minutes auparavant et s'essuyait la bouche avec la manche de son burnous graisseux et troué.
Quand il nous vit, il se prosterna le visage contre terre en invoquant Allah et criant de toutes ses forces:
«Louange à Dieu, maître de l'univers! Les infidèles Roumis font de bonne soupe!
—Et, ajouta Pitou, ils n'ont pas peur de la partager avec les fidèles de la tribu des Ouled-Ismaïl, qui sont d'abominables gredins de père en fils. Es-tu prêt à partir, Ibrahim?»
Il était prêt. Quant à nous, nos fusils étaient nettoyés et chargés avec soin, et Pitou, qui pensait à tout, acheta six livres de pain qu'il partagea comme un frère en trois portions égales, et dont il offrit la seconde à Ibrahim. La première, ça va sans dire, était pour moi.
Alors je dis:
«Partons, maintenant. Mais toi, Ibrahim, connais-tu bien la route?
—Si je la connais! répondit l'Arabe. J'y suis retourné ce matin, et j'ai retrouvé les traces de mon pauvre Ali et celles du lion.
—Ah! ah! dit Pitou. Tu me feras voir ça.»