La vallée, comme je vous l'ai dit, était profonde; mieux que profonde: on aurait cru voir un corridor entre deux murs de rochers de cinq cents pieds de haut. Pour passer d'un côté, ou, si vous voulez, d'un mur à l'autre de la vallée, il fallait remonter beaucoup plus haut. Pendant ce temps nous avions le moyen de réfléchir, Pitou et moi.

Je lui dis:

«Tu entends les lions?

—Oui.

—Veux-tu les attendre?

—Ça dépend.

—Si nous les attendons, ils seront là dans cinq minutes.

—Qu'est-ce que lu veux que j'y fasse? répliqua Pitou. Le vin est tiré, il faut le boire.»

Il appelait ça du vin, le bon enfant! Moi, que ce fût du vin ou du vinaigre, j'en avais assez, avant même d'en avoir goûté. D'autant mieux que je voyais le vieux lion, le plus gros de tous, le chef de la tribu, prendre son parti, faire signe aux autres de le suivre et partir en avant au grand trot, comme un colonel en tête de sa troupe.

Et quels pas il faisait! Des pas de six pieds au moins.