«Mon vieux, prête-moi ton mouchoir pour m'essayer le front: je suis tout en nage.»
Lui, c'était tout le contraire. Il était couvert de poussière, étant tombé tout à plat sur le rocher, qu'on n'avait pas balayé depuis l'an Ier de la création du monde. Adam l'avait laissé tel qu'il l'avait trouvé, et ses petits-fils aussi.
Pitou me dit à son tour:
«Eh bien, est-ce que tu regrettes toujours que nous ayons averti le capitaine Chambard?... C'est pourtant lui qui vient de nous tirer d'affaire, rien qu'en faisant sonner la charge à Paindavoine.»
Je répliquai, car je n'aime pas avoir tort:
«Es-tu bien sûr que c'est le capitaine Chambard qui vient nous aider si à propos?»
Comme il allait répondre, voilà que le capitaine parut lui-même au détour du chemin, à trente pas de nous, et qu'il nous dit de son air bon enfant:
«Ah! ah! mes gaillards, vous avez voulu nous jouer un tour; mais qui est-ce qui a manqué de s'y faire prendre et de servir au déjeuner des lions?... C'est bon, c'est bon; ne vous excusez pas; nous nous expliquerons plus tard. Où est le gibier?»
Je lui montrai les lions, qui venaient à nous au grand trot, par la route tracée en forme de V, le long du précipice. En tête courait la lionne toujours vêtue de l'épervier d'Ibrahim, dont elle n'avait pu se dépêtrer malgré tous ses efforts.
Ils étaient encore à trois cents pas de nous. Mais cette fois nous étions en nombre pour les recevoir, car le capitaine Chambard avait, eu soin d'amener toute la compagnie, avec une provision de cartouches, et voici comment, ainsi que je l'ai appris plus tard.