«Parle, dit-elle, tu sais bien que l'on m'appelle Bouche-Close dans la famille.»
C'était justement tout le contraire, mais enfin je n'avais pas d'autre ressource.
«Eh bien! lui dis-je en faisant un violent effort, mère, vous aurez bientôt un petit-fils.
—Que dis-tu? malheureuse?»
Alors je lui racontai tout ce qui s'était passé entre son fils et moi. Elle écouta sans m'interrompre ce triste récit, qui ne fut pas bien long, comme vous pouvez croire, car l'émotion où j'étais me coupait à chaque instant la parole. Enfin, quand j'eus tout dit, elle se leva de nouveau et me cria:
«Ah! malheureuse, qu'as-tu fait? Que va dire ton père?
—Mon père n'en sait rien, et c'est vous que je veux prier de lui dire.
—Ah! malheureuse! malheureuse! tu avais bien besoin d'aller au bois avec Bernard! N'aurais-tu pas dû l'empêcher de te suivre, ou le repousser bien loin? Ah! mon Dieu! qu'allons-nous devenir?
Bernard est en Afrique et ne reviendra jamais, et voilà ma pauvre Rose-d'Amour qui est sa femme et qui ne sera jamais mariée. Ah! mon Dieu! comment vais-je faire pour l'annoncer à ton père? Il est capable de te tuer, le pauvre homme, dans le premier moment, et c'est bien excusable, car on n'a jamais vu personne se conduire comme tu t'es conduite, ma pauvre Rose; non, jamais! jamais! jamais. Ah! mon Dieu! Ah! mon Dieu!»
Après ce dernier élan de douleur, elle convint pourtant avec moi qu'elle annoncerait cette nouvelle à mon père, et qu'elle lui promettrait d'adopter l'enfant.