L'enfant do.
Il la berçait dans ses bras, il la portait dans le jardin, il la mettait à cheval sur son cou, la promenait et la faisait sauter et danser. Quand elle eut un an, il finit par ne pouvoir plus s'en séparer. Vous jugez si j'étais contente et si j'espérais de me réconcilier avec lui.
Il m'arriva bientôt un autre bonheur.
Depuis que j'avais sevré mon enfant, j'étais retournée à l'atelier, où l'on finissait par s'accoutumer à moi. Le contre-maître seul essayait encore de prendre avec moi un air familier, mais je me tenais toujours aussi loin que je pouvais, et même un jour, comme il voulut m'embrasser de force pendant que mes camarades riaient, je le menaçai de tout dire à mon père.
«Est-ce que tu crois que je le crains ton père?» dit-il en grognant et grondant comme un dogue.
Mais il n'osa plus y revenir, et je vécus tranquille pendant quelque temps.
VII
Un soir, la mère de Bernard entra chez nous avec son mari. Elle tenait à la main une grande lettre ouverte qui me fit battre le coeur dès que je l'aperçus.
«Eh bien! Rose-d'Amour, dit-elle en m'embrassant, voici des nouvelles de Bernard. Il n'est pas mort, il n'est pas estropié: il est vainqueur du sultan de Maroc; il a les galons de caporal; il a pris la tante du sultan. Ah! pour ça, je ne n'y comprends rien. Que veut-il faire de la tante du Sultan? Il valait bien mieux prendre son neveu; mais il paraît qu'il courait à bride abattue et que Bernard, qui était à pied et qui portait son sac et son fusil, n'a pas pu le rattraper. C'est égal, c'est bien drôle de laisser là sa tante. Pourquoi l'avait-il menée à la bataille?
—Voyons, dit le vieux Bernard, donne-moi la lettre pour que je la lise, car tu nous la racontes si bien que je n'y comprends plus rien.