«Il est bien tard, dit-il, pour me demander cette permission-là; mais la pauvre enfant est innocente. Garde-la.»
Ce fut sa seule parole; mais je le voyais me regarder souvent quand il pensait n'être pas vu, et s'attendrir sur mon sort. Il allait chercher lui-même ou acheter tout ce dont j'avais besoin, et quand je voulais le remercier, il répondait brusquement:
«C'est pour l'enfant.»
Quand il fut question du baptême, je voulus encore lui demander conseil.
«Appelle-la comme tu voudras,» dit-il.
Je l'appelai Bernardine en souvenir de son père; mais comme ce nom faisait mal au vieux Sans-Souci, je changeais, quand il était là, ce nom pour celui de ma mère, qui s'appelait Jeanne.
Petit à petit, nous reprîmes notre vie ordinaire. Je nourrissais mon enfant, et comme je savais coudre, je gagnais encore quelque argent à demeurer dans la maison. Le père et la mère de Bernard venaient nous voir souvent, et nous parlions ensemble de Bernard, du moins quand mon père n'y était pas, car la première fois qu'on en parla devant lui il se leva, sortit, et ne voulut pas rentrer de toute la soirée.
Il faut vous dire, madame, que ma pauvre Bernardine était jolie comme un ange, avec de beaux cheveux blonds frisés, de petites dents blanches comme du lait, et des lèvres comme on n'en fait plus. Dès l'âge de huit mois elle commença à marcher, et à neuf mois elle disait papa et maman, comme une personne naturelle.
Le vieux Sans-Souci, malgré tout son chagrin, ne tarda pas à l'aimer plus que moi-même. Il la prenait dans ses bras, il lui riait, il lui chantait des chansons comme on en fait aux petits enfants:
Do, do,