—Oui, mon enfant, en été.»

Ces deux mots la calmèrent. Il faut savoir que, lorsqu'elle demandait quelque chose qu'il m'était impossible de lui donner, j'avais l'habitude de lui promettre de le donner en été, et ce mot dont elle ne connaissait pas le sens lui faisait autant de plaisir que si j'avais fait sa volonté.

Au bout d'un instant, Bernardine s'endormit dans mes bras, et je la plaçai sur son lit.

Je demeurai enfermée chez moi pendant plusieurs jours sans voir personne car les parents mêmes de Bernard m'avaient abandonnée, et mes soeurs et mes beaux-frères ne voulaient plus me voir. Enfin, il fallut sortir et aller chercher de l'ouvrage à l'atelier.

Aussitôt qu'on me vit paraître, ce ne fut qu'un cri contre moi. Toutes mes camarades se levèrent pour me chasser et déclarèrent qu'elles partiraient si je rentrais au milieu d'elles. Madame, j'étais si désespérée que je ne ressentis pas ce terrible affront comme j'aurais fait en toute autre circonstance; je m'assis sur une chaise en faisant signe que je ne pouvais plus me soutenir, ni parler, et que je priais qu'on eût pitié de moi.

Mais le triste état où j'étais ne m'aurait pas sauvée de cette avanie si Matthieu le contre-maître n'avait pas pris mon parti.

«Que lui voulez-vous, dit-il, à cette pauvre Rose-d'Amour? Elle a un enfant; eh bien! et vous, n'avez-vous pas fait tout ce qu'il faut faire pour en avoir aussi? Asseyez-vous et tenez-vous tranquilles, ou si quelqu'une de vous remue je la mets à la porte de l'atelier. Et vous Rose, allez à votre métier. C'est moi qui aurai soin de vous.

—Il aura soin! il aura soin! dit tout bas en grondant l'une des plus furieuses. Est-ce qu'il va prendre la succession de Bernard?»

Matthieu l'entendit et lui donna un grand coup de poing sur l'épaule.

«Tais-toi, dit-il, ou je vais raconter tes histoires.»