Dès qu'il vit que je m'étais échappée, il sortit lui-même, et pour éviter d'être rencontré, il descendit à travers les jardins qui vont de ce côté-là jusqu'à la rivière.

Quand je vis qu'il était parti, je rentrai moi-même toute tremblante dans la maison, je fermai soigneusement la porte et la fenêtre, je mis un bâton à côté de mon lit pour me défendre si j'étais attaquée la nuit, et je dormis assez tranquillement jusqu'au lendemain.

Je ne parlai de cette aventure à personne, et on ne l'aurait pas connue si un voisin qui par hasard était dans son jardin, n'avait aperçu au clair de lune Matthieu qui fuyait du côté de la rivière. Il le reconnut sur-le-champ, et n'eut rien de plus pressé que d'en parler le lendemain à tout le quartier.

Ce fut une rumeur générale. Si le feu avait pris à trois maisons à la fois, on n'en aurait pas fait plus de bruit.

On fit d'abord raconter au voisin tout ce qu'il avait vu.

«A quelle heure?

—A dix heures.

—C'était Matthieu? L'avez-vous bien reconnu?

—Parbleu! si je l'ai reconnu! il a laissé sa casquette dans mon jardin.

—Et d'où venait-il?