—Non, car tu ne pourrais pas t'empêcher de me parler de ce que je ne veux plus entendre. Devant Dieu, je suis la femme de Bernard, et je ne dois entendre de personne un mot d'amour.

A ces mots, je sortis et refermai la porte. Il n'essaya pas de me retenir, tant il était consterné.

X

Quand on connut l'aventure de Matthieu, le père et la mère Bernard, qui avaient été jusqu'alors assez bien disposés pour moi, ne purent pas s'empêcher de croire qu'il fallait que j'eusse fait de grandes avances à ce misérable, pour qu'il osât entrer chez moi par la fenêtre à dix heures du soir. Quand chacun eut dit son mot et raconté son histoire, le père Bernard hocha la tête et dit à sa femme:

«Rose-d'Amour ne sera pas notre fille.

—C'est une dévergondée, dit la mère. On m'assurait encore ce matin qu'elle recevait trois ou quatre jeunes gens toutes les nuits et, de plus, monsieur l'adjoint au maire.

—Qu'elle reçoive qui elle voudra, dit le père, j'empêcherai bien Bernard de l'épouser.

—Et moi aussi, dit la mère. Mais qui aurait cru cela de cette petite fille que nous avons tenue sur nos genoux, qui était si sage et si douce, étant enfant! Il faut que Dieu l'ai abandonnée.

Le lendemain, sans perdre de temps, la mère Bernard vint chez moi pour m'annoncer cette nouvelle. Quoique je connusse déjà par mes camarades d'atelier tous les bruits qui avaient couru, j'étais loin de m'attendre à ce dernier coup.

Je ne vous raconterai pas son discours. Je ne l'entendis pas tout entier. Aux premiers mots, je compris tout, et je reçus comme un coup de massue sur la tête.