—Oui, je veux parler et dire la vérité, et peut-être suis-je le seul qui puisse ou qui veuille la dire sur Rose-d'Amour.
—Oh! oh! dit Bernard, que ce ton-là et la sincérité connue de Jean-Paul engagèrent à l'écouter plus attentivement.
—Oui, l'on t'a menti, si l'on t'a dit que Rose-d'Amour m'avait aimé.
—Sais-tu que c'est ma mère qui me l'a dit?
—Eh bien, sauf ton respect, la mère Bernard a menti comme tous les autres. Il y a ici une ligue contre cette pauvre Rose-d'Amour, et j'en sais bien la raison; c'est qu'elle a plus d'esprit, de bonté et de raison dans son petit doigt que toutes celles qui font tant les dédaigneuses n'en ont dans toute leur personne. Et, tiens, pour preuve, si tu y renonces, je l'épouse.
—Toi? dit Bernard étonné.
—Oui, moi, Jean-Paul, dit la Paire-de-Ciseaux, et si elle l'avait voulu il y a deux ans, ce serait déjà fait; mais elle t'attendait, la pauvre créature, et voilà comment tu la récompenses.
—Mais, dit Bernard toujours défiant, quel intérêt as-tu à me la faire épouser?
—Pauvre Bernard! tu es bien de la race de ceux qui disent toujours: «Voilà un honnête homme. Quel intérêt a-t-il à être honnête?» Eh bien! oui, puisque tu veux le savoir, oui, j'ai un intérêt, c'est que si tu l'abandonnes positivement, peut-être voudra-t-elle de moi; et ma foi, je ne ferai pas le difficile; je la prendrai dès demain, si elle veut, et même je t'inviterai à la noce.
—Qui t'empêche de commencer par là?