Hélas! madame, je ne me justifie pas, je vous raconte toutes mes pensées. Cependant, au moment de mourir, j'étais retenue par la crainte de laisser Bernardine seule sur la terre et exposée peut-être aux mêmes malheurs que sa mère.
«Eh bien, me dis-je, je vais la lui léguer en mourant. S'il ne m'aime plus, du moins il aimera sa fille.»
Un soir, donc, je mis le lit de Bernardine dans la chambre qui était à côté de la mienne, je fermai soigneusement la porte, j'écrivis à Bernard une lettre que voici:
«Bernard, tu m'as perdue, tu m'as abandonnée. Je te pardonne, je meurs. Prends soin de ta fille. A ce dernier moment, où je vais paraître devant Dieu, je le jure, je n'ai jamais aimé que toi. Tu élèveras Bernardine et tu lui parleras quelquefois de sa mère, n'est-ce pas? Adieu!»
En même temps, je m'habillai de ma plus belle robe, j'allumai au milieu de la chambre le feu que j'avais mis dans un réchaud, et je me couchai sur mon lit, en laissant sur la table une lampe allumée.
Mais avant de vous dire ce qui suivit, il faut que vous sachiez que les paroles de Bernard n'avaient pas été rapportées à moi seule. Elles arrivèrent aussi jusqu'aux oreilles de mon pauvre ami Jean-Paul.
Comme c'était un très honnête garçon, tout rempli de délicatesse, il ne voulut pas souffrir qu'on m'accusât faussement d'une faute qu'il savait fort bien que je n'avais pas commise, et il voulut m'en justifier lui-même. Il alla donc trouver Bernard.
C'était après la journée terminée. Bernard, fatigué de son travail, mécontent de moi, de tout le monde et peut-être de lui-même, le reçut fort mal; mais Jean-Paul ne se rebuta point.
«Tes grands airs ne m'imposent pas, dit-il à Bernard. Je suis bon tout comme un autre pour te prêter le collet, et il faut que tu m'écoutes.
—Parle donc, puisque tu veux parler.