«M'aimes-tu, me pardonnes-tu?» demandait mille fois Bernard.

Pour toute réponse, je me laissai aller dans ses bras.

A cette vue, Jean-Paul, que je n'avais pas encore aperçu, détourna la tête et sortit brusquement. Si généreux qu'il fût, notre bonheur lui faisait mal.

Bernard passa la moitié de la nuit à me raconter tout ce qu'il avait souffert à cause de moi, toute les vilaines histoires qu'on lui avait écrites au régiment, et quand je voulus me plaindre de sa crédulité, il me ferma la bouche d'un baiser. De mon côté, je lui racontai tous mes malheurs, et comment la seule espérance de le revoir m'avait soutenue pendant ces sept années d'infortune.

«Va, va, dit-il, plus rien ne nous séparera. Dans quinze jours nous serons mariés.»

Mais quand je lui montrai notre petite Bernardine, qui dormait et n'avait rien su des événements de la nuit, il s'écria qu'elle était plus belle que tout ce qu'il avait vu sur la terre, moi seule, exceptée, et il me jura si passionnément de m'aimer toujours, que je vis bien qu'il disait vrai et que je serais heureuse dorénavant pour le passé et pour l'avenir.

Douze jours après nous fûmes mariés. La veille, Jean-Paul vint me dire adieu.

«Vous ne restez pas pour la noce? lui dis-je.

—Non, Rose je vous remercie. Vous êtes heureuse, et par moi; j'en remercie le ciel, mais je ne puis m'accoutumer à vous voir au bras d'un autre. Je pars ce soir pour l'Amérique. Là, je verrai du nouveau, et je vous oublierai peut-être. Adieu.»