Cependant il vint au secours de son camarade et amena Matthieu, qui était d'ailleurs plus meurtri de coups que grièvement blessé.

Dès qu'il fut dans son lit, Bernard le quitta pour venir se réconcilier avec moi. Bernard courait si vite que l'autre avait peine à le suivre. Il était dix heures du soir, et tout le quartier dormait déjà. Ils virent ma lampe allumée, à travers les vitres, et frappèrent.

Le charbon était à peine allumé depuis une demi-heure, et déjà la fumée se répandait dans l'appartement. Je me sentais défaillir et ne répondis pas à l'appel qu'on me faisait du dehors.

«Rose-d'Amour! c'est moi! c'est moi!» criait Bernard.

Je reconnus cette voix et je crus rêver ou entrer déjà dans la mort. Cependant les cris continuaient, et comme je ne répondais pas, Bernard frappa si violemment la fenêtre qu'elle s'ouvrit, à demi brisée, et il entra en sautant dans la chambre avec Jean-Paul. L'air frais entra avec eux et commença à me ranimer.

«A la malheureuse! dit Jean-Paul, elle a voulu s'asphyxier.»

Et il ouvrit la porte aussitôt.

A ces mots Bernard s'élança vers mon lit, et m'embrassa sans que j'eusse le temps de me reconnaître.

«Rose, chère Rose, c'est moi qui t'aime et qui te demande pardon à genoux!»

Je ne vous répéterai pas, madame, tout ce qu'il me dit dans ce premier instant. Je l'entendais moi-même à peine tant j'étais étonnée, joyeuse et troublée de ce changement. Avoir touché la mort de si près, et rentrer tout à coup dans la vie, dans la joie, dans le bonheur?