—Fou! dit l'autre, qu'est-ce que cela prouvera? Mais si tu veux, je suis prêt. En garde!»

Il se battirent à coups de bâton pendant un bon quart d'heure, éclairés seulement par la lune. Jean-Paul était témoin. Enfin, Matthieu reçut un dernier coup sur la tête, si violent qu'il en demeura tout étourdi. Il s'assit dans le fossé qui bordait la route, et se lava la figure, qui était couverte de sang. De son côté, Bernard se lavait aussi les mains dans l'eau du fossé.

«Maintenant, dit Matthieu, la bataille est finie, du moins pour ce soir, car je ne puis plus me soutenir, et il faudra me ramener chez moi. Je vais répondre franchement à ta question. Oui, j'ai voulu plaire à Rose-d'Amour; oui je suis allé chez elle un soir sans sa permission....

—Ah! misérable, s'écria Bernard, tu l'avoues donc?

—Pour moi, oui; mais pour elle non. Elle courut dans la rue en me voyant, et, comme je crus qu'elle allait appeler les voisins, je me mis à courir à travers les jardins. C'est ce jour-là qu'on me vit et qu'on fit toutes les histoires que ta mère t'a racontées.

—Et pourquoi n'as-tu pas parlé plus tôt? dit Bernard.

—Pour te donner confiance. Si j'avais parlé avant de me battre, tu aurais cru que je niais pour éviter la bataille. D'ailleurs, entre nous, j'étais un peu jaloux de toi, et j'espérais bien te frotter les épaules. Le bon Dieu a voulu que les miennes fussent frottées et non les tiennes.»

Quand Bernard entendit ces paroles, il fut saisi d'une telle joie, qu'il voulut courir sur-le-champ vers la ville pour se réconcilier avec moi; mais Jean-Paul le rappela.

«Eh! dit-il, donne-moi donc un coup de main pour transporter Matthieu, qui va passer la nuit dans ce fossé si tu ne m'aides.

—Qu'il y crève, s'il veut! dit Bernard; il l'a bien mérité!»