La Comtesse s'agitait comme une possédée, plus occupée des baisers de Fanny que de mes efforts. Je profitai d'un mouvement qui dérangea tout, pour renverser Fanny sur le corps de la Comtesse, pour l'attaquer avec fureur. En un instant, nous fûmes tous les trois confondus, abîmés de plaisir…….
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"G. — Quel caprice, Alcide. Vous avez tourné subitement à l'ennemi…… oh! je vous pardonne, vous avez compris que c'était perdre trop de plaisir pour une insensible. Que voulez-vous? j'ai la triste condition d'avoir divorcé avec la nature. Je ne rève, je ne sens plus que l'horrible, l'extravagant. Je poursuis l'impossible. Oh! C'est bien affreux. Se consumer, s'abrutir dans des déceptions. Désirer toujours, n'être jamais satisfaite. Mon imagination me tue….. C'est être bien malheureuse!"
Il y avait dans tout ce discours une action si vive, une expression si forte de désespoir, que je me sentis ému de pitié. Cette femme souffrait à faire mal. — "Cet état n'est peut-être que passager Gamiani; vous vous nourrissez trop de lectures funestes"
"G. — Oh! non! non! ce n'est pas moi….
"Ecoutez: vous me plaindrez, vous m'excuserez peut-être.
"J'ai été élevée en Italie, par une tante restée veuve de bonne heure. J'avais atteint ma quinzième année et je ne savais, des choses de ce monde, que les terreurs de la religion. Toute en Dieu, je passais ma vie à supplier le Ciel de m'éviter les peines de l'Enfer.
"Ma tante m'inspirait ces craintes, sans les tempérer jamais par la moindre preuve de tendresse. Je n'avais d'autre douceur que mon sommeil. Mes jours passaient tristes comme les nuits d'un condamné.
"Parfois seulement, ma tante m'appelait le matin dans son lit. Alors, ses regards étaient doux, ses paroles flatteuses. Elle m'attirait sur son sein, sur ses cuisses et m'étreignait tout-à-coup dans des embrassements convulsifs; je la voyais se torde, renverser sa tête et se pâmer avec un rire de folle.
"Epouvantée, je la contemplais, immobile, je la croyais atteinte d'épilepsie.