"Je tombai bientôt dans l'extase, je me vis au Ciel. Une liqueur visqueuse et brûlante vint m'inonder rapidement, pénétra jusqu'à mes os, chatouilla jusqu'à la moëlle…. oh! c'était trop…. je fondais comme une lave ardente…. Je sentais courir en moi un fluide actif dévorant, j'en provoquais l'éjaculation par secousses furieuses et je tombai épuisée dans un abîme sans fin de volupté inouïe.

F — Gamiani, quelle peinture! vous nous mettez le diable au corps.

"G. — Ce n'est pas tout.

"Ma volupté se changea en douleur atroce. Je fus horriblement brutalisée. Plus de vingt Moines se ruèrent à leur tour en cannibales effrénés. Ma tête retomba de côté, mon corps brisé, rompu, gisait sur les coussins, pareil à un cadavre. Je fus emportée morte dans mon lit.

"F. — Quelle cruauté infâme!

"G. — Oh! oui, infâme et plus funeste encore.

"Revenue à la vie, à la santé, je compris l'horrible perversité de ma tante et de ses horribles compagnons de débauche, que l'image de tortures affreuses aiguillonnaient seule encore. Je leur jurai une haîne mortelle et cette haîne, dans ma vengeance au désespoir, je la portai sur tous les hommes.

L'idée de subir leurs caresses m'a toujours révoltée. Je n'ai pas voulu servir de vil jouet à leurs désirs.

"Mon tempérament était de feu, il fallut le satisfaire. Je ne fus guérie plus tard de l'onanisme que par les doctes leçons des filles du couvent de la rédemption. Leur science fatale m'a perdue pour jamais."

Ici les sanglots étouffèrent la voix altérée de la Comtesse.