G. et Al. — Oui. Oui.
F. — Je suis arrivée à 15 ans, bien innocente, je vous jure. Ma pensée même ne s'était jamais arrêtée sur tout ce qui tient à la différence des sexes.
Je vivais insouciante, heureuse, sans doute; lorsqu'un jour de grande chaleur, étant seule à la maison, j'éprouvai comme un besoin de me dilater de me mettre à l'aise.
Je me deshabillai, je m'étendis presque nue sur un divan…. oh! j'ai honte!…. Je m'allongeais, j'écartais mes cuisses, je m'agitais en tous les sens. A mon insu, je formais les postures les plus indécentes.
L'étoffe du divan était glacée. Sa fraîcheur me causa une sensation agréable, un frôlement voluptueux par tout le corps. Oh! comme je respirais librement, entourée d'une atmosphère tiède, doucement pénétrante. Quelle volupté suave et ravissante! j'étais dans une délicieuse extase. Il me semblait, qu'une vie nouvelle inondait mon être, que j'étais plus forte, plus grande, que j'aspirais un souffle divin, que je m'épanouissais aux rayons d'un beau Ciel!
Alc. — Vous êtes poëtique, Fanny.
F. — Oh! je vous décris exactement mes sensations Mes yeux erraient complaisamment sur moi, mes mains volaient sur mon cou, sur mon sein. Plus bas, elles s'arrêtèrent et je tombai malgré moi dans une rêverie profonde.
Les mots d'amour, d'amant, me revenaient sans cesse avec leur sens inexplicable. Je finis par me trouver seule. J'oubliais que j'avais des parents, des amis, j'éprouvai un vide affreux.
Je me levai, regardant tristement autour de moi.
Je restai quelque temps pensive, la tête melancoliquement penchée, Les mains jointes, les bras pendants. Puis, m'examinant, me touchant de nouveau; je me demandai si tout cela n'avait pas un but, une fin…. Jnstinctivement je comprenais qu'il me manquait quelque chose, que je ne pouvais définir, mais que je voulais, que je désirais de toute mon âme.