Je devais avoir l'air égaré, car je riais parfois frénétiquement; mes bras s'ouvraient comme pour saisir l'objet de mes voeux; j'allais jusqu'à m'étreindre moi-même. Je m'enlacais, je me caressais, il me fallait absolument une réalité, un corps à saisir, à presser; Dans mon étrange hallucination, je m'emparais de moi-même, croyant m'attacher à un autre.

A travers les vitraux, on découvrait au loin les arbres, les gazons, et j'étais tentée d'aller me roûler à terre, ou de me perdre aërienne dans les feuilles. Je contemplais le Ciel, et j'aurais voulu voler dans l'air, me fondre dans l'azur, me mêler aux vapeurs, au Ciel, aux Anges.

Je pouvais devenir folle: mon sang refluait brûlant vers ma tête.

Eperdue, transportée, je m'étais précipitée sur les coussins. J'en tenais un serré entre mes cuisses, j'en pressais un autre dans mes bras; je le baisais follement, je l'entourais avec passion, je lui souriais même, je crois, tant j'étais ivre, dominée par les sens. Tout-à-coup, je m'arrête, je frémis, il me semble que je fonds, que je m'abîme. ah! m'écriai-je; mon Dieu! ah! ah! et je me relevai subitement, épouvantée.

J'étais toute mouillée.

Ne pouvant rien comprendre a ce qui m'était arrivé, je crus être blessée, j'eus peur. Je me jetai à genoux, suppliant Dieu de me pardonner si j'avais fait mal.

Alc. — Aimable innocente! vous n'avez confié à personne ce qui vous avait si fort effrayée?

F. — Non! Jamais! je ne l'aurais pas osé. J'étais encore ignorante, il y a une heure; vous m'avez révélé le mot de la Charade.

Alc. O! Fanny! cet aveu me met au comble de la félicité. Mon amie, reçois encore cette preuve de mon amour. — Gamiani, excitez-moi, que j'inonde cette jeune fleur, de la rosée Céleste.

G . — Quel feu, quelle ardeur, Fanny, tu te pames déjà…. oh! elle jouit…. elle jouit….