F. — Alcide! Alcide!… J'expire,….. je…..
Et la douce volupté nous abîmait d'ivresse, nous portait tous les deux au Ciel.
Après un instant de repos, calme des sens, je parlai moi-même en ces termes:
Je suis né de parens jeunes et robustes. Mon enfance fut heureuse, exempte de pleurs et de maladie. Aussi, des l'âge de 13 ans, étais-je un homme fait. Les aiguillons de la chair se faisaient déjà vivement sentir
Destiné à l'état ecclésiastique, élevé dans toute la rigueur des principes de chastete, je combattais de toutes mes forces les premiers désirs des sens. Ma chair s'éveillait, s'irritait puissante, impérieuse et je la macérais impitoyablement.
Je me condamnais au jeune le plus rigoureux. La nuit, dans mon sommeil, la nature obtenait un soulagement, et je m'en effrayais comme d'un désordre dont j'étais coupable. Je redoublais d'abstinence et d'attention à écarter une main funeste. Cette opposition, ce combat intérieur, finirent par me rendre lourd et comme hébété. Ma continence forcée porta dans tous mes sens une sensibilité, ou plutôt une irritation que je n'avais jamais sentie.
J'avais souvent le vertige. Il me semblait que les objets tournaient et moi avec eux. Si une jeune femme s'offrait par hazard à ma vue, elle me paraissait vivement enluminée et resplendissante d'un feu pareil à des étincelles électriques.
L'humeur échauffée de plus en plus, et trop abondante, se portait dans ma tête et les parties de feu dont elle était remplie, frappant vivement contre la vitre de mes yeux, y causait une sorte de mirage éblouissant.
Cet état durait depuis plusieurs mois, lorsqu'un matin, je sentis tout-à-coup dans tous mes membres une contraction et une tension violentes, suivies d'un mouvement affreux et convulsif pareil à ceux qui accompagnent ordinairement des transports épileptiques…… Mes éblouissements lumineux revinrent avec plus de force que jamais…. je vis d'abord un cercle noir tourner rapidement devant moi, s'agrandir et devenir immense: une lumière vive et rapide s'échappa de l'axe du cercle et remplit de lumière toute l'étendue.
Je découvrais un horizon sans fin; de vastes cieux enflammés, traversés par mille fusées volantes qui toutes retombaient éblouissantes en pluie dorée, en étincelles de saphir, d'émeraude et d'azur.