Cette âme, si naïve et si tendre! cette ame, jusque là, si doucement bercée par la main des Anges, livrée désormais aux démons impurs; plus d'illusions, plus de rève, point de premier amour, point de douces surprises; toute une vie poëtique de jeune fille à jamais perdue!
Elle s'éveilla, la pauvre enfant, presque riante Elle croyait retrouver son matin accoutumé. Ses doux pensers, son innocence; hélas! Elle me vit. Ce n'était plus son lit, ce n'était plus sa chambre. Oh! sa douleur faisait mal. Les pleurs l'étouffaient. Je la contemplais ému, honteux de moi-même. Je la tenais serrée dans mes bras. Chacune de ses larmes, je la buvais avec ivresse.
Les sens ne parlaient plus, mon ame seule s'épanchait tout entière, mon amour se peignait vif, brûlant dans mon langage et dans mes yeux.
Fanny m'écoutait, muette, étonnée, ravie: elle respirait mon souffle, mon regard, me pressait par moment et semblait me dire: "— Oh! oui, encore à toi! toute à toi!. — Comme elle avait livré son corps, credule innocente, elle livrait aussi son ame confiante, enivrée. Je crus dans un baiser la prendre sur ses lèvres, je lui donnai toute la mienne. Ce fut le Ciel, et ce fut tout.
Nous nous levâmes enfin.
— Je voulus voir encore la Comtesse. Elle était ignoblement renversée: la figure défaite, le corps sale, taché. Comme une femme ivre jetée nue, près d'une borne. Elle semblait cuver sa luxure.
Oh! sortons, m'écriai-je,… sortons, Fanny! quittons cet ignoble séjour.
Gamiani
ou DEUX NUITS D'EXCES.
Bruxelles