1833

Gamiani,

deuxième partie.

Je pensais que Fanny jeune encore, innocente de coeur, ne conserverait de Gamiani qu'un souvenir d'horreur et de dégoût. Je l'accablais de tendresse et d'amour, je lui prodiguais les plus douces les plus enivrantes caresses: parfois je l'abîmais de plaisir, dans l'espoir qu'elle ne concevrait plus désormais d'autre passion que celle avouée par la nature, qui confond les deux sexes dans la joie des sens et de l'âme. Hélas! je me trompais. L'imagination était frappée, elle dépassait tous nos plaisirs. Rien n'égalait aux yeux de Fanny les transports de son amie. Nos plus forts excès lui semblaient de froides caresses, comparés aux fureurs qu'elle avait connues dans cette nuit funeste.

Elle m'avait juré de ne plus revoir Gamiani, mais son serment n'éteignait pas le désir qu'elle nourrissait en secret. Vainement elle luttait, ce combat intérieur ne servait qu'à l'irriter d'avantage. Je compris bientôt qu'elle ne résisterait pas. J'avais perdu sa confiance; il fallut me cacher pour l'observer.

A l'aide d'une ouverture habilement pratiquée, je pouvais la contempler chaque soir à son coucher La malheureuse! Je la vis souvent pleurer sur son divan, se tordre, se rouler désespérée, et tout-à-coup, déchirer, jeter ses vêtements, se mettre nue devant une glace, l'oeil égaré, comme une folle. Elle se touchait se frappait, s'excitait au plaisir avec une frénésie insensée et brutale. Je ne pouvais plus la guérir, mais je voulus voir jusqu'où se porterait ce délire des sens.

Un soir, j'étais à mon poste, Fanny allait se coucher, lorsque je l'entendis s'écrier:

F — Qui est là? Est-ce vous Angélique?… Gamiani… Oh! madame, j'étais loin….

G — Sans doute, vous me fuyez, vous me repoussez: j'ai du recourir à la ruse. J'ai trompé, éloigné vos gens et me voici.

F — Je ne puis vous comprendre, encore moins qualifier votre obstination; mais si j'ai tenu secret ce que je sais de vous, mon refus formel de vous recevoir devait vous dire assez que votre présence m'est importune…. odieuse…. Je vous rejette, je vous abhorre… Laissez-moi par grâce! éloignez-vous, évitez un scandale.