G — Mes mesures et ma résolution sont prises, vous ne les changerez pas, Fanny. Oh ma patience était usée.
F — Eh bien! Que prétendez-vous faire? Me forcer encore, me violenter, me salir…. Oh! non madame, vous sortirez, ou j'appelle mes gens.
G — Enfant! nous sommes seules; les portes sont fermées, les clefs jetées par la fenêtre. Vous êtes à moi…. Mais calmez-vous, soyez sans crainte.
F — Pour Dieu! ne me touchez pas.
G — Fanny, toute résistance est vaine. Vous succomberez toujours Je suis plus forte et la passion m'anime. Un homme ne me vaincrait pas. Allons! Elle tremble…. elle pâlit…. mon Dieu! Fanny! ma Fanny!…. Elle se trouve mal, oh! qu'ai-je fait? Reviens à toi, reviens….. Si je te presse ainsi sur moi, c'est par amour. Je t'aime tant, toi, ma vie, toi, mon âme. Tu ne peux donc pas me comprendre…. Va! je ne suis pas méchante, ma petite, ma chérie…. non, je suis bonne, bien bonne, puisque j'aime. Vois dans mes yeux, sens comme mon coeur bât. C'est pour toi, pour toi seule. Je ne veux que ta joie, ton ivresse en mes bras. Reviens à toi, reviens sous mes baisers. Oh! folie! Je l'idolâtre cette enfant.
F — Vous me tuerez. Mon Dieu! laissez-moi. Laissez-moi donc enfin; vous êtes horrible.
G — Horrible! horrible! qui peut donc inspirer tant d'horreur? Ne suis-je pas jeune encore? Ne suis-je pas belle aussi? On me le dit partout. Et mon coeur! En est-il un plus capable d'aimer? Le feu qui me consume, qui me dévore, ce feu brûlant de l'Italie qui redouble mes sens et me fait triompher, alors que tous les autres cèdent, est-ce donc chose horrible? Dis….. un homme, un amant, qu'est-ce près de moi! deux ou trois luttes l'abattent, le renversent; à la quatrième, il râle impuissant et ses reins plient dans le spasme du plaisir. C'est pitié! moi je reste encore forte, frémissante, inassouvie. Oh! oui, je personnifie les joies ardentes de la matière, les joies brûlantes de la chair. Luxurieuse implacable, je donne un plaisir sans fin, je suis l'amour qui tue.
F — Assez, Gamiani, assez!
G — Non, non, écoute encore, écoute Fanny. Etre nues, se sentir jeunes et belles, suaves, embaumées, brûler d'amour et trembler de plaisir; se toucher, se mêler, s'exhaler corps et âme en un soupir, un seul cri, un cri d'amour…. Fanny! Fanny! c'est le ciel.
F — Quel discours! quels regards…. et je vous écoute, je vous regarde… Oh! grace pour moi. Je suis si faible. Vous me fascinez….. Quelle puissance as-tu donc?…. Tu te mêles à ma chair, tu te mêles à mes os, tu es un poison…. oh! oui, tu es horrible et…. je t'aime…..