G — Je t'aime! je t'aime! dis encore, dis encore, mais c'est un mot qui brûle.. — Gamiani était pâle, immobile, les yeux ouverts, les mains jointes, à genoux devant Fanny. On eut dit que le ciel l'avait soudainement frappée pour la changer en marbre. Elle était sublime d'anéantissement et d'extase.

F — Oui! oui! je t'aime de toutes les forces de mon corps. Je te veux, je te désire. Oh! j'en perdrai la tête.

G — Que dis-tu, bien-aimée? Que dis-tu…. Je suis heureuse!…. Tes cheveux sont beaux, qu'ils sont doux! ils glissent dans mes doigts, fins, dorés comme de la soie. Ton front est bien pur, plus blanc qu'un lys. Tes yeux sont beaux, ta bouche est belle. Tu es blanche, satinée, parfumée, céleste de la tête aux pieds. Tu es un ange, tu es la volupté. Oh! ces robes! ces lacets! Sois donc nue…. Vite, à moi…. je suis nue déjà moi… Tiens! ah! bien. Eblouissante!…. Reste debout, Que je t'admire. Si je pouvais te peindre, te rendre d'un seul trait… Attends que je baise tes pieds, tes genoux, ton sein, ta bouche. Embrasse-moi. Serre-moi. Plus fort Quelle joie! quelle joie! Elle m'aime… — Les deux corps n'en faisaient qu'un. Seulement les têtes se tenaient séparées et se regardaient avec une expression ravissante. Les yeux étaient de feu, les joues d'un rouge ardent Les bouches frémissaient, riaient, ou se mélaient avec transport. J'entendis un soupir s'exhaler, un autre lui répondre: après, ce fut un cri, un cri étouffé et les deux femmes restèrent immobiles.

F — J'ai été heureuse, bien heureuse.

G — Moi aussi, ma Fanny, et d'un bonheur qui m'était inconnu. C'était l'âme et les sens réunis sur tes lèvres…. Viens sur ton lit, viens goûter une nuit d'ivresse.

A ces mots, elles s'entraînent mutuellement vers l'alcove.
Fanny s'élance sur le lit, s'étend, se couche voluptueusement.
Gamiani à genoux sur un tapis l'attire sur son sein, l'entoure
de ses bras.

Silencieuse, elle la contemple avec langueur….. Bientôt les agaceries recommencent. Les baisers se répondent, les mains volent habiles au toucher. Les yeux de Fanny expriment le désir et l'attente, ceux de Gamiani le désordre des sens. Colorées, animées par le feu du plaisir toutes deux semblaient étinceler à mes yeux, ces furies délirantes à force de rage et de passion poëtisaient en quelque sorte l'excès de leur débauche, elles parlaient à la fois aux sens et à l'imagination.

J'avais beau me raisonner, condamner en moi ces absurdes folies, je fus bientôt ému, échauffé, posséde de désirs. Dans l'impossibilité où j'étais d'aller me mêler à ces deux femmes nues, je ressemblais à la bête fauve que tourmente le rut et qui des yeux dévore sa femelle à travers les barreaux de sa cage. Je restais stupidement immobile, la tête clouée près de l'ouverture d'où jaspirais, pour ainsi dire, ma torture, vraie torture de damné, horrible, insupportable, qui frappe d'abord la tête, se mêle ensuite au sang, dans les os, jusques à la moelle qu'elle brûle. Je souffrais trop à force de sentir. Il me semblait que mes nerfs tendus, irrités finissaient par se rompre. Mes mains crispées s'accrochaient au parquet. Je ne respirais plus, j'écumais. Ma tête se perdit. Je devins fou, furieux, et m'empoignant avec rage, je sentis toute ma force d'homme s'agiter furibonde entre mes doigts serrés, tressaillir un instant, puis fondre et s'échapper en saillies brûlantes comme une rosée de feu. Jouissance étrange qui vous brise, vous renverse à terre.

Revenu à moi, je me vis énervé. Mes paupières étaient lourdes. Ma tête se tenait à peine. Je voulus m'arracher de ma place; un soupir de Fanny m'y retint. J'appartenais au démon de la chair. Tandis que mes mains se lassaient à ranimer ma puissance éteinte, je m'abîmais les yeux à contempler la scène qui me jettait dans un si horrible désordre.

Les poses étaient changées. Mes tribades se tenaient enfourchées l'une dans l'autre, cherchant à mêler leurs duvets touffus, à frotter leurs parties ensemble. Elles s'attaquaient, se refoulaient avec un acharnement et une vigueur que l'approche du plaisir peut seul donner à des femmes. On aurait dit qu'elles voulaient se fendre, se croiser tant leurs efforts étaient violents, tant leur respiration haletait bruyante. Ai! ai! s'écriait Fanny, je n'en puis plus, cela me tue. Va seule. Va!…. encore, répondait Gamiani Je touche au bonheur. Pousse! Tiens donc! tiens…. Je m'écorche, je crois. Ah! je sens, je coule…. Ah! ah! ah!… La tête de Fanny retombait sans force. Gamiani roulait la sienne, mordait les draps, mâchait ses cheveux flottant sur elle. Je suivais leurs élans, leurs soupirs; j'arrivai comme elles au comble de la volupté.