F — Quelle fatigue! Je suis rompue; mais quel plaisir j'ai goûté…..
G — Plus l'effort dure, plus il est pénible, plus aussi la jouissance est vive et prolongée.
F — Je l'ai éprouvé J'ai été plus de cinq minutes plongée dans une sorte de vertige énivrant. L'irritation se portait dans tous mes membres. Ce frottement des poils contre une peau si tendre me causait une démangeaison dévorante. Je me roulais dans le feu, dans la joie des sens. O folie! ô bonheur! jouir!….. Oh! je comprends ce mot.
Une chose m'étonne, Gamiani. Comment si jeune encore as-tu cette expérience des sens? Je n'aurais jamais supposé toutes nos extravagances. D'où te vient ta science? D'où vient ta passion qui me confond, qui parfois m'épouvante? La nature ne nous a pas faites de la sorte.
G — Tu veux donc me connaître. Eh bien! enlace moi dans tes bras, croisons nos jambes, pressons-nous. Je vais te raconter ma vie de couvent. C'est une histoire qui pourra nous monter à la tête, nous donner de nouveaux désirs.
F — Je t'écoute, Gamiani.
G — Tu n'as pas oublié le supplice atroce que me fit subir ma tante, pour servir sa lubricite. Je n'eus pas plutôt compris l'horreur de sa conduite, que je m'emparai de quelques papiers qui garantissaient ma fortune. Je pris aussi des bijoux, de l'argent et, profitant d'une absence de ma digne parente, j'allai me réfugier dans le couvent des soeurs de la rédemption. La Supérieure, touchée sans doute de mon jeune âge et de mon apparente timidité, me fit l'accueil le plus propre à dissiper mes craintes et mon embarras.
Je lui racontai ce qui m'était arrivé, je lui demandai un asyle et sa protection. Elle me prit dans ses bras, me serra affectueusement et m'appela sa fille. Après, elle m'entretint de la vie tranquille et douce du couvent; elle réchauffa encore ma haine pour les hommes et termina par une exhortation pieuse, qui me parut le langage d'une âme divine. Pour rendre moins sensible la transition subite de la vie du monde à la vie du cloître, il fut convenu que je resterai près de la Supérieure et que je coucherai chaque soir dans son alcove. Dès la seconde nuit nous en étions à causer le plus familièrement du monde. La supérieure se retournait, s'agitait sans cesse dans son lit. Elle se plaignait du froid et me pria de me coucher avec elle pour la réchauffer. Je la trouvai absolument nue. On dort mieux, disait-elle, sans chemise. Elle m'engagea à ôter la mienne; ce que je fis pour lui être agréable. Oh! ma petite, s'écria-t-elle, en me touchant, tu es brûlante. Comme ta peau est douce. Les barbares! oser te martyriser de la sorte. Tu as dû bien souffrir. Raconte moi donc ce qu'ils t'ont fait. Ils t'ont battue; dis. Je lui répétai mon histoire, avec tous les détails, appuyant sur ceux qui paraissaient l'intéresser davantage. Le plaisir qu'elle prenait à m'entendre parler fut si vif qu'elle en éprouvait des tressaillements extraordinaires. Pauvre enfant! pauvre enfant! répétait-elle en me serrant de toutes ses forces.
Insensiblement je me trouvai étendue sur elle. Ses jambes étaient croisées sur mes reins, ses bras m'entouraient. Une chaleur tiède et pénétrante se répandait par tout mon corps. J'éprouvais un bien-être inconnu, délicieux qui communiquait à mes os, à ma chair je ne sais quelle sueur d'amour qui faisait couler en moi comme une douceur de lait. Vous êtes bonne, bien bonne, dis-je à la supérieure. Je vous aime, je suis heureuse près de vous. Je ne voudrais jamais vous quitter. Ma bouche se collait sur ses lèvres, et je reprenais avec ardeur, oh! oui, je vous aime à en mourir…. je ne sais…. Mais je sens….
La main de la Supérieure me flattait avec lenteur. Son corps s'agitait doucement sous le mien. Sa toison dure et touffue se mêlait à la mienne, me piquait au vif et me causait un chatouillement diabolique. J'étais hors de moi dans un frémissement si grand que tout mon corps tremblait. A un baiser violent que me donna la supérieure, je m'arrêtai subitement. Mon Dieu! m'écriai-je, laissez-moi…. ah!…. Jamais rosée plus abondante, plus délicieuse ne suivit un combat d'amour.